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DSC_0105Voilà deux jours que nous campons sur un terrain privé au Poët-Laval. Il est temps que l’on reparte car si nous avons la bénédiction de nous installer dans le pré où nous nous sommes installés vendredi soir, il semble que certaines personnes ne soient pas au courant et ont un comportement vis à vis de nous quelque peu… agressif …20160420_173704

Ce village perché du XIIème siècle, classé « Plus Beaux Villages de France », est le siège de l’ordre religieux des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, qui se développa en Terre sainte à l’époque des Croisades, parallèlement à l’ordre des Templiers, et s’est perpétué jusqu’à nos jours sous le nom d’Ordre de Malte. Pourtant, le village revient de loin car il fut abandonné au début du XXe siècle. Pierre par pierre, le château et les maisons sont pillés. Les tuiles, devenues rares, ont été récupérées et vendues pendant la Grande Guerre, ce qui a accéléré le processus de dégradation du bâti. Processus qui s’intensifie après 1918. La nef de la chapelle Saint-Jean s’effondre dans les années 1930, et ne sera jamais reconstruite. Voué à la déshérence et à l’abandon, à l’instar de tant d’autres villages perchés, le site a pu être toutefois sauvé grâce à l’intervention enthousiaste de quelques personnalités telles que le pasteur Emile Brès et son gendre architecte, Cyril Morley, qui se passionnent pour le village dès 1922 : ils dressent une série de relevés et prennent en main son sauvetage. Ils créent l’Association des Amis du Vieux Poët-Laval, laquelle « se propose d’acquérir les murs et maisons qui risquent de disparaître (…) et de les conserver dans la mesure de ses moyens… ». Très vite, l’association se rend propriétaire d’une partie des maisons abandonnées, qui sont achetées ou cédées gratuitement sous forme de dons ou legs, puis consolidées et maintenues hors d’eau. Petit à petit, le village renaît de ses cendres. Mais la véritable renaissance du site sera due, quelques années plus tard, à Yvon Morin qui revient sur la terre de ses ancêtres et rachète, à partir du début des années 1960, une partie des ruines et des parcelles à l’abandon de la partie haute du village. Avec son épouse Hilda, il les rebâtit pour y ouvrir un restaurant, puis un hôtel (1970). Élu maire, il poursuivra la réhabilitation de sa commune.20160420_191628

Le Poët-Laval est un village fortifié. La guerre de Cent ans en 1337, les incursions violentes de bandes armées, les guerres seigneuriales, le séjour des papes en Avignon entre 1305 et 1403 et le transfert du Dauphiné au royaume de France en 1349 – obligent les commandeurs à protéger le village par une ceinture de remparts. Et puis, au XVIe siècle, le village, qui compte deux communautés, catholique et protestante, dont la seconde devient rapidement majoritaire, se retrouve au cœur des guerres de religion. La chapelle Saint-Jean est convertie en temple, et une église catholique dédiée à Saint-Michel est construite à l’extérieur de l’enceinte, dans le nouveau cimetière aménagé au nord du château : elle sera détruite lors du siège de 1563. La tension s’aggrave peu à peu entre le pouvoir royal et les communautés de la religion réformée qui se sont largement développées en Dauphiné et en Languedoc depuis le XIVe siècle. Les troubles vont croissant pendant les règnes de François 1er et Henri II. L’affaiblissement du pouvoir royal qui accompagne la mort de ce dernier, en 1559, entraîne le début des Guerres de religion à partir de 1562.20160420_190253

L’ordre des Hospitaliers est bien entendu très lié à la papauté, mais plusieurs commandeurs et de nombreux chevaliers vont néanmoins se rallier à la religion réformée. Le Poët-Laval va passer alternativement des mains des catholiques à celles des protestants pendant une quarantaine d’années : le château sera assiégé au moins deux fois par les troupes protestantes, en 1563 puis en 1573 sous les ordres de Dupuy-Montbrun, chef du parti protestant dauphinois. Il est soumis à un premier démantèlement avant 1582, sur arrêt du parlement de Grenoble. En 1598, l’Édit de Nantes met officiellement fin aux hostilités. Ses dispositions sont confirmées par Louis XIII en 1614, mais le rétablissement forcé de la religion catholique en Béarn en 1620 entraîne une nouvelle révolte. Le système défensif du château est relevé et complété en 1621 par Jean Dupuy-Montbrun : la basse-cour et la chapelle sont fortifiées, l’enceinte bastionnée est renforcée. L’ouvrage sera définitivement démantelé après 1622 sur ordre de Lesdiguières, lieutenant-général du Dauphiné devenu connétable de France.20160420_184602

Un membre actif de l’association « Les Amis du Vieux Poët-Laval », nous a proposé une visite commentée  du magnifique donjon et du vieux village. Mais nous n’avons pas fait que du tourisme : nous nous sommes arrêtés ici deux jours, pour interviewer plusieurs personnes liées au Musée du Protestantisme (installé en 1959 dans l’ancien temple protestant, avant d’être transféré dans un bâtiment annexe au début des années 1970) mais aussi au Chemin des Huguenots que nous allons suivre demain et jusqu’à Genève. Nous en rencontrerons d’autres tout au long de ce voyage de plus de 350 km. Le but : réaliser un reportage sur ce « chemin de la tolérance » emprunté par des hommes, des femmes et des enfants pour fuir les persécutions catholiques. Un chemin d’exil qui doit faire résonance avec l’actualité récente ….

Côté visites pendant ces deux jours, notre amie Monique est venue nous voir. Elle nous a apporté des fruits et des légumes ainsi qu’une délicieuse confiture (enfin, une tuerie que l’on avalée en 24h !!!! Tu reviens quand déjà Monique ??). Elle nous a également ramené nos dernières affaires laissées chez elle, dans l’Enclave des Papes, ainsi qu’une glidecam (un bras mécanique articulé pour filmer sans à-coups). Après 3 jours de tentative de réglages, nous avons abandonné malgré la minutie Suisse incarnée dans les gênes de Céline pour réussir à équilibrer l’engin. Les lois de la gravité et les conditions réelles d’ajustage (accroupis dans l’herbe, en pente et en plein vent) ont eu raison de nous (enfin surtout d’elle parce que moi, j’avais abandonné à peine le carton ouvert). Retour donc à l’expéditeur jeudi. Stéphane qui nous avait apporté le café et un Saint Génix près de Manas il y a 15 jours (voir aussi le reportage de France 2), a frappé à nouveau : cette fois avec un gâteau tout chaud, aux pépites de chocolat et un thermos de café aux pépites de bonheur !! Un peu malade, Élodie a préféré rentrer pour dormir au chaud (ronfler aussi loin de notre tente pour éviter de nous réveiller !!!!!) . Son ami Bruno est également venu nous voir et nous a offert des croquettes pour les chiens. Un grand merci à vous tous.

DSC_0126Demain, nous marcherons dans les pas de l’histoire, celle des Huguenots persécutés parce qu’ils ne voulaient pas abjurer leur religion. Ils ont fui il y a plus de 300 ans le Royaume de France, abandonnant leurs terres, leurs maisons, leurs familles… dans l’espoir de trouver refuge sur des terres protestantes en Europe et dans le monde. Mais contrairement à eux nous ne marcherons pas de nuit en nous dissimulant pour éviter les Dragons du Roi.

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Source: http://amisvieuxpoetlaval.fr/

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