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Sur les hauteurs de Ste Colombe de Montauroux, ce mardi soir, nous avons échappé à l’orage. La colère du ciel est tombée en face, de l’autre côté de la montagne. Cette fois, ce ne sera pas pour nous, mais on n’a pas échappé à la pluie ! Les nuages nous ont rattrapés en chemin et on a pris une bonne averse. On a donc terminé la journée bien humides mais enchantés par le paysage que nous offre la nature : une grosse pluie, suivie d’un coucher de soleil et de sa douce lumière, et enfin un arc en ciel devant nous !

La pluie avait cessé et  nous avons avancé encore quelques kilomètres avant la tombée de la nuit, jusqu’à quelques encablures de la Fage où nous avons posé notre bivouac dans un champ.

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Mais revenons à cette journée particulière. Hier, Manoël Atman nous a promis de nous conduire à une lovière, la tanière où la louve vient mettre bas et élève ses louveteaux. C’est un endroit que Manoël nous a demandé de tenir secret…vous comprenez pourquoi…ici le loup n’a pas que des amis. Comme il nous fait confiance, il ne nous a pas bandé les yeux, mais nous n’avons pas pris de repaire ni de notes sur le chemin.

Emmanuel et Pierre sont descendus les premiers au point de rendez-vous avec Manoël. Le trajet commence en voiture, puis à pied.

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De mon côté, j’ai bâté Marius et suis descendu jusqu’à la rivière, l’Allier, vers le pont métallique et le château. « Le château et le pont se dressent là depuis des temps fort lointains, le premier gardant le second. En effet, la forteresse ne domine pas les environs ; elle est encaissée entre des rives abruptes et même du sommet des tours on ne devait pas voir bien loin ; elle ne pouvait qu’assurer la défense du passage ». Après deux kilomètres de grimpette, je retrouve mes amis à un endroit précis et Manoël me conduit à la lovière.

Un endroit magique, très beau , près d’un petit cours d’eau, entouré de roches. La tanière est percée de huit trous pour permettre aux louveteaux de sortir. Des arbres l’abritent des regards, le cours d’eau permet aux loups de se désaltérer. Le lieu est choisi par les louves en fonction de tous ces paramètres, y compris la possibilité de s’enfuir si l’homme débarque ! Le lieu n’est pas habité, ce n’est pas la période des naissances. Manoël m’indique à quelques signes que la louve ici a déjà fait des petits et qu’elle y est revenue. Nous marchons un peu plus loin et nous remarquons un trou qui n’est pas terminé. Ce sont surement des petits qui l’ont creusé. Leur mère leur apprend à faire des tanières et ils s’exercent sur le terrain :  un lieu d’apprentissage ou  l’école des louveteaux !!

Nous avons poursuivi avec lui,  une fois rejoints Emmanuel et Pierre,  par une interview sur le loup, la Bête…Il pense que la Bête était un croisement entre un loup et un gros chien, qui aurait vécu avec l’homme. Dressé pour attaquer ? Il ne peut affirmer. Il dit aussi que la presse de l’époque n’avait pas grand chose à se mettre sous la dent et qu’elle a exagéré les faits ! C’est ce qui a créé le mythe, entre légende et réalité. La Bête a fait quand même beaucoup de morts, mais elle a bien été identifiée, une fois abattue, on a pu comparer sa couleur avec celle indiquée par les témoins, et surtout la petite tache blanche sur le cou qui la distinguait. « Parmi les nombreux animaux abattus au cours de cette période, deux canidés sont soupçonnés d’être la Bête. Le premier est un grand loup tué par François Antoine, porte-arquebuse du roi de France, sur le domaine de l’abbaye royale des Chazes en septembre 1765. Une fois ce loup empaillé à Versailles, les journaux et la Cour se désintéressèrent de cette affaire, bien que d’autres morts aient été déplorées ultérieurement. Jean Chastel,  paysan originaire de La Beyssère-Saint- Mary, tua le second fauve, identifié comme un loup ou un grand chien, en juin 1767. Selon la tradition, l’animal tué par Chastel était bien la Bête du Gévaudan car, passé cette date, plus aucune attaque mortelle ne fut signalée dans la province. »

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Pour nous remettre de nos émotions, nous prenons un petit repas, vers 13h, enchantés d’avoir pu découvrir ce lieu magnifique !

Nous reprenons notre marche jusqu’à Grand Rieu, bien décidés à marcher jusqu’à la nuit.

Il fait chaud cet après-midi et nous attaquons péniblement 4 ou 5 km de forte montée entre Ligeac et Sainte Colombe, juste avant l’orage.

Arrivés à Ligeac, on nous avait indiqué un gîte tenu par la secrétaire de l’association « Alliance avec les loups » . Dans le village, nous ne trouvons qu’une fontaine avec de l’eau boueuse… même Marius s’en éloigne dédaigneusement  ! Nous demandons donc à la dame du gîte en question…qui nous invite à en prendre…à la fontaine !!! Heureusement, j’ai repéré un jardin dans le village avec une famille, des enfants et eux, nous ont très bien accueillis : « de l’eau ? du café ? des yaourts ? manger ? .. » Un super accueil ! Nous sommes restés une demi heure en leur compagnie et  avons pu remplir nos gourdes avec de l’eau propre !!!!

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Sortie de Ligeac : on suit tantôt le GR ou le PR ou les « pattes de loup » ..mais les marquages sont souvent effacés et c’est un peu compliqué de savoir si l’on doit tourner  à droite ou à gauche  !!! D’après Manoël Atman, « les pattes de loup » sont effacées volontairement par les gens hostiles au loup… parfois même des graffitis : « on ne veut pas de loup » …

Nous arrivons à nous débrouiller et à retrouver le chemin, mais pour une famille de randonneurs ordinaires, c’est dangereux d’effacer les repaires. Il arrive même qu’il y ait des accidents graves comme cet homme qui s’était perdu dans les Ecrins et qui est tombé dans un ravin.

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Sinon, les chemins sont très jolis, bordés de pierres ou de clôtures pour le bétail. Les vaches viennent nous saluer, curieuses…

Le paysage est magnifique. Nous traversons la Margeride vers l’Ouest depuis Ligeac :  « La Margeride, région montagneuse et rurale s’étend sur trois départements : une partie de la Lozère, une frange de la Haute-Loire et du Cantal. Ses hauts plateaux sont hérissés de granite et contrastent avec les vallons parsemés de pins sylvestres, landes et ruisseaux. Terre de légendes avec la Bête du Gévaudan et de Résistance – Maquis du Mont-Mouchet et de la Truyère – c’est en parcourant ses profondes forêts que la Margeride dévoile ses secrets. »

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C’est aussi le pays de la « Margaritiféra margaritiféra » ou moule de rivière: moule perlière  en voie de disparition, bien que protégée, qui a donné lieu à des légendes de princesses aux colliers somptueux…poétic’fiction ?

J’ai mal à la cheville depuis quelques jours, mais je suis habitué et c’est supportable, nous avons des ampoules, des douleurs et le sac pèse lourd en fin de journée.

Mais la route est belle et le mystère de la Bête est excitant. Nous marchons dans les empreintes des loups, bercés par des légendes.

4 commentaires

  1. Dans les années 70, époque où les filatures fermaient les unes après les autres et où le chômage se développait, on parlait de la bête des Vosges, animal qui sévissait non pas sur les humains mais sur les troupeaux de brebis et de chèvres. Alors que je discutais avec un berger vosgien devant un verre de vin, celui-ci me dit d’un ton très sûr : « Je vais te dire ce que c’est la bête des Vosges, c’est le capitalisme ! »
    Bon voyage à toi et à Marius.

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