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Mardi 19 août 2014
 En bivouac, le réveil est matinal. Il est encore tôt, ce matin, quand une dame s’approche de ma tente, que j’ai plantée hier soir dans le champ du président de la coopérative laitière voisine. Elle vient pour m’offrir 4 pots de cancoillotte, et un gros bout de comté ! Du bon produit local, qui me fait oublier que ça fait presque une semaine que je vis sans picodon ! Une régalade, le comté ne fera pas la journée !
Vers 9 heures, je me dirige vers le village, à la recherche d’une boulangerie. Sancey-le-long, comme son nom l’indique, est un village tout en long (j’ai honte de cette phrase…). Faute d’en trouver, je fais demi-tour au bout de la rue principale, et repasse par l’Abbaye où j’ai rencontré les sœurs la veille. Elles m’offrent un café et s’empressent de me montrer L’Est Républicain du jour, qui a publié son article sur notre périple, avec une grande et belle photo de Malone, Marius et moi. Elles proposent ensuite de me faire visiter la basilique. J’accepte avec plaisir, puisque je n’ai pu pour l’instant l’admirer que de l’extérieur. Elle a été édifiée en 1928 en l’honneur de Sainte Jeanne-Antide Thouret, fondatrice des sœurs de la Charité, et née dans ce village en 1765.
J’arrive au village de Provenchère, une petite agglomération regroupée autour de l’église et de plusieurs fermes, distantes de quelques kilomètres. Le lieu a été complètement détruit pendant la guerre de Dix ans, entre 1634 et 1644. Les conséquences de l’épisode comtois de la guerre de Trente ans  ont été dramatiques pour la région : elle est dévastée par la guerre, la peste et la famine, l’économie et la démographie de la région sont bouleversées, notamment l’agriculture qui est totalement anéantie. On estime que les deux tiers des Francs-Comtois sont morts pendant la guerre de Dix Ans. En entrant dans le village, un homme me brandit L’Est Républicain : « Mais c’est vous, dans le journal !!! » 
On traverse le hameau de la Grange, puis Belleherbe la bien-nommée, ainsi qu’un hameau appelé La Californie. Les villages du coin portent des noms pour le moins éclectiques, mais ils me semblent désespérément vides. A part un agriculteur, on ne croise pas grand monde. Parfois, je vois des gens m’observer de leur fenêtre, mais lorsque je frappe à leur porte avec l’intention de leur demander de l’eau, personne n’ouvre. Ce sont finalement les habitants d’une ferme voisine qui me ravitaillent, aimablement. Mais la demi-douzaine d’enfants qui s’agitent autour de Marius commencent à le stresser, à prendre sa longe, à vouloir lui donner du foin… Mon Marius préfère sa tranquilité, alors je ne m’attarde pas et continue ma route, à la recherche d’une connexion wifi pour envoyer les photos de ces derniers jours.

A Belleherbe, je rencontre un cycliste qui connait un peu les ânes, par ses beaux-parents qui en ont plusieurs et qui connaissent Jacques Clouteau, une célébrité dans le domaine des randonnées avec un âne. Avec le sien, Ferdinand, il a parcourru des milliers de kilomètres sur les chemins d’Europe et écrit de nombreux livres racontant ses voyages. Il y a 15 ans, lors de son périple du Mont Saint Michel à Venise, il est passé dans la région, où il s’est attardé plusieurs jours. Il a d’ailleurs consacré plusieurs pages de son livre à l’aire naturelle de Charmoille, où je vais dormir ce soir. En quittant Belleherbe, on passe devant un grand tilleul, abîmé mais bien vert, et qui semble nous toiser du haut de ses 600 ans. 
On emprunte des chemins très caillouteux qui ne plaisent pas du tout à Marius. Il réduit son allure et va tout doux dans les descentes. On traverse aussi des sous-bois et des forêts magiques de sapins et d’épicéas, verdoyantes et mousseuses, dans lesquelles le temps semble s’être arrêté. Parfois, Marius se retourne comme s’il s’attendait à voir surgir d’un bosquet un elfe ou un lutin ! Nous sommes en plein cœur du Pays Horloger, un regroupement de communes situées entre le Doubs et son affluent le Dessoubre, à la frontière helvète. 
Nous arrivons enfin à Charmoilles. Je traverse le village en suivant les indications vers l’aire naturelle de camping. Sur place, je fais le tour de la grande bâtisse, mais ne vois personne. Un petit garçon vient vers moi au volant d’une vieille voiture à pédales. Il m’informe que le maître des lieux n’est pas là, mais m’invite à m’installer. Pas de souci pour mon âne? Aucun ! J’hésite encore à débâter Marius, car autour de moi je vois une chèvre tristement attachée à un piquet, et des poules qui se promènent. Une dame vient rentrer les poules et me confirme que Marius est le bienvenu. Seul hôte du camping ce soir, j’ai le choix de l’emplacement ! Je m’installe donc là où percent encore les derniers rayons de soleil à travers les arbres.  Le propriétaire arrive un peu plus tard, surpris d’apprendre que je voyage avec mon propre âne, car il pensait que j’étais avec âne de location et que j’arrivais chez lui sur les recommandations de quelqu’un. Non, Marius est bien mon âne à moi, et je suis venu parce que j’ai suivi les panneaux !
Le camping est aménagé dans une ancienne ferme. On sent qu’il y a eu beaucoup de vie ici ! Quand je me prépare à manger dans la cuisine, j’ai la surprise de voir que Marius m’a suivi et m’observe depuis le pas de la porte, sans pour autant rentrer un sabot ! Dans la salle commune, je feuillette le vieil album photo du camping, dans lequel on voit des chiens et des poneys se balader. La cuisine est aménagée dans l’ancienne étable, et décorée d’ustensiles anciens, avec un coin lecture. A l’étage, où le foin était stocké, on trouve une salle de détente avec une table de ping-pong, des fauteuils vintage, des canapés et une bibliothèque, sur laquelle trône le livre de Jacques Clouteau, qui a séjourné dans ce même camping pendant 3 jours, pour la plus grande fierté des propriétaires des lieux ! C’est un endroit simple et sans chichi, comme on les aime. Je profite de l’électricité pour recharger les batteries de mes appareils et tente d’envoyer quelques photos.
18 km au compteur pour aujourd’hui, avec 1100m de dénivellé positif, et 1000 de dénivellé négatif…. Bonne nuit !

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