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Marius Tour 2014 : du Jura au Vercors

Jour 5 : Découverte de la culture franc-comtoise : ses monuments historiques et ses ânes voyageurs !


Lundi 18 août 2014

La nuit a du être meilleure pour moi que pour Marius :
il n’a pas beaucoup mangé, et je l’ai entendu braire plusieurs fois. L’herbe n’était-elle
pas au goût de mon petit âne princier ? En tout cas, un grand merci aux
propriétaires du relais équestre de la Montnoirotte qui ont été très sympas de trouver une
solution pour nous accueillir cette nuit !

Leur fils met en garde les cavaliers, car après une première
portion de route, le chemin du début de la GTJ est boueux et pourrait être
dangereux pour les équidés. Mais plein de confiance dans les sabots anti-dérapant de mon Marius, j’y crois et je décide de m’y engager tout de même ! Mais alors en fait… En le voyant patiner et s’emmêler les sabots, je décide prudemment de
rebrousser chemin. Ce n’est pas le moment de se casser une patte, pour aucun de
nous deux ! C’est notre seule mésaventure de la journée, les autres
sentiers, malgré les pluies diluviennes de ces derniers jours, restent
largement praticables.

Cette première étape de la GTJ nous mène à travers les
paysages verdoyants et fleuris du vallon de Sencey. Entre pâturages et forêts de
feuillus, la vallée du Doubs a décidément des atouts…

Je m’arrête pique-niquer à Orve, 68 habitants au dernier
recensement ! L’aire de repos est agréable et Marius, débâté, profite de l’herbe
pour se requinquer aussi. Je reprends la route sous des cieux plutôt cléments,
avec tantôt des éclaircies pour me réchauffer, tantôt un petit vent pour me rafraîchir.


On aperçoit le majestueux château de Belvoir bien avant d’arriver au village du même nom. Construit à la fin du 12ème siècle, il a été la seigneurie de la famille Cusance, avant d’être incendié par les troupes de Louis XI. Puis il a été restauré, modernisé, puis inhabité, puis transformé en séminaire, et plus tard en école catholique, avant d’être abandonné par les héritiers des Rohan, en 1848. C’est finalement le peintre Pierre Jouffroy qui le rachète en 1955, et se lance dans une restauration intégrale qui aura duré plus de 50 ans. Aujourd’hui sous son plus beau jour et classé aux Monuments Historiques, le château présente à ses visiteurs des collections de meubles, de tableaux et d’armes anciennes. J’aurai aimé le visiter, mais je comprends vite que Maris ne serait pas le bienvenu dans ce lieu certes très joli, mais un peu trop guindé pour nous.

Je m’arrête ensuite à la chapelle Sainte Anne, à deux pas du château. Ravissante, elle domine de val de Sancey et offre une panorama magnifique. Il parait que par temps clair, on peut voir les sommets alpins ! Ce n’est pas le cas aujourd’hui, la météo n’est pas formidable et il y a beaucoup de vent. Mais il fait le bonheur des quelques enfants qui jouent au cerf-volant aux abords de la chapelle !


Je quitte le village mais ayant perdu mon chemin à cause du détour à la chapelle, je fais demi-tour et y retourne ! Pas pour rien finalement, puisque je tombe sur des halles immenses et magnifiques ! Elles aussi sont inscrites aux Monuments Historiques, car ce sont les seules halles en bois conservées en France-Comté. Longues de plus de 40 mètres, elles  étaient le cœur de la vie commerçante de la région, et ont abrité foires et marchés jusqu’à la fin du 19ème. Au fond, elles renferment un impressionnant moulin à huile à traction animale.


Je recroise le cycliste varois retraité qui « prend l’air » que j’ai rencontré hier au camping de Clerval, il s’arrête pour papoter. Alors qu’on discute toujours, un couple s’arrête et engage la conversation. Ils sont amateurs d’ânes, ils en ont 2, et ils trouvent Marius très beau ! Ils me racontent la très belle histoire d’Alain, un jeune Jurassien autiste, qui a traversé la France jusqu’à la Bretagne avec sa mère et leur âne bâté, pendant l’été 2000. Ils m’ont dit avoir avalé le récit de cette grande aventure humaine et familiale en une nuit ! Note pour mes futures lectures…


En sortant du village (cette fois, c’est la bonne, j’ai retrouvé mon chemin !), je  fais une nouvelle belle rencontre : un Alsacien, a qui il manque le bras droit. Il est enjoué et doté d’un optimisme à toute épreuve ! On aborde un tas de sujets divers et variés, de la trappe des loutres avant-guerre, à la foi, la spiritualité et les « signes », en passant par les plantes sauvages comestibles ! 


Ma route est belle aujourd’hui : sur le peu de routes goudronnées que nous emprunter, la circulation est quasi-nulle. Les paysages sont verts, il y a toujours beaucoup de pâturages avec des vaches et des moutons, tandis que les abords des chemins sont fleuris, colorés et vivants. Je me régale des prunes bien juteuses qui me passent à portée de main.


Marius s’effraie parfois des tracteurs qui ronronnent dans les champs, mais il se calme toujours très vite lorsqu’il comprend d’où vient le bruit. Parfois, il est à la traîne parce qu’il s’arrête pour brouter, alors quand il relève la tête et voit que je suis loin, c’est au petit trot qu’il me rejoint. Ah, mon Marius, fidèle compagnon, ta gourmandise te perdra !


A Sancey-le-Grand, nous nous arrêtons au couvent des Minimes, où le dîner est en train d’être servi. Quelques personnes viennent à notre rencontre, notamment des sœurs complètement enthousiasmées par Marius ! Il réveille pour certaines d’entre elles des souvenirs de famille, d’autres demandent s’il mange beaucoup, et une autre encore suggère de le garder pour qu’il tonde le terrain ! 


Moi qui, quelques heures plus tôt sur le chemin, m’étais lancé dans une grande réflexion philosophique sur les religions, leur intérêt et leurs conflits d’intérêts, qui engendrent encore des guerres meurtrières qui souvent dépassent les simples fidèles… Moi qui étais prêt à rendre la croix de ma communion, parce que la religion ne devrait pas diviser, ni attiser la haine, ni faire de mal… Je me retrouve face à cette demi-douzaine de sœurs, qui m’expliquent qu’elles sont engagées dans diverses actions caritatives locales, travaillent avec leurs consœurs vietnamiennes, dont deux d’entres elles sont justement en séjour au couvent pour apprendre le français. Je me dis que, finalement, si la religion peut permettre, par des actions locales, d’apporter un peu de (ré)confort, un peu de bien-être, un peu d’amour à ceux qui en manquent… Pourquoi pas… En tout cas, tout n’est pas noir, quand on regarde bien, il y a de beaux arcs-en-ciel, par ci, par là ! 


Avec les sœurs du couvent, nous avons une connaissance commune : c’est Lulu ! Un prêtre du Doubs, âgé de 75 ans, qui a pris la route en 2012 avec son âne Isidore, avec le projet d’arriver à Bethléem. Lulu, prêtre engagé, marche pour la paix et pour le désarmement nucléaire de la France. Il y a 2 ans, nous avions été interviewés ensemble dans l’émission Allô la Planète sur la radio Le Mouv (à réécouter ici, à 20 minutes). Plus récemment lors d’un passage en Franche-Comté, je l’avais contacté pour qu’on se rencontre, mais il était en voyage à l’étranger. Les sœurs ont aussi, comme moi, lu En chemin vers Rome, le récit de famille Cortès, un couple et leurs 3 enfants, partis avec leur âne Octave sur les pas des pèlerins (les curieux peuvent lire ici les premières pages du livre). Près du couvent, il y a une superbe basilique, que j’espère pouvoir visiter. Je laisse finalement les sœurs à leurs invités, puisqu’elles vivent principalement de leur gîte. Je prends bien note que la possibilité m’est offerte de racheter mon karma (suite à l’hécatombe de moustiques d’hier) à la messe de demain matin, 8h30…


Je plante ma tente un peu en dehors du village, dans un pré, à proximité d’une laiterie où doit être fabriqué le fameux Comté ! J’ai fait une tonnes de jolies photo et quelques vidéos ; malheureusement, le Jura ne m’a pas gratifié d’une connexion suffisante pour les envoyer… Un peu de patience…

NB : Une lectrice avertie nous souffle dans l’oreillette que la « grille ajourée qui laisse voir l’eau du canal » dont on parle dans l’article du 15 août a un nom technique : un « caillebotis métallique ». Vous aussi, pimpez (= »étoffez ») votre vocabulaire en lisant le blog du Marius Tour ! Merci Gene67 ! 🙂 

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