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Marius Tour 2014 : du Jura au Vercors

Jour 13 : l’absinthe de Pontarlier et les forts de Joux

Mardi 26 août 2014

Je me réveille au sec, au camping municipal mais 3 étoiles, s’il vous plait, de Pontarlier ; malgré la pluie qui est tombée toute la nuit, et qui ne s’est toujours pas arrêtée. Qui dit camping 3 stars, dit services grand luxe : ma méthode du séchage de chaussettes sur le bât de Marius ayant révélé quelques failles, je mets 3 euros dans le sèche-linge du camping, qui va faire le boulot en 1 heure, le temps de me réveiller tranquillement et de prendre un café !  Alors que je commence à ranger mes affaires sous la pluie, un gentil Allemand voisin d’emplacement me propose de m’installer sur la terrasse de son chalet  pour ranger mes affaires au sec. A l’accueil, je vois la gérante du camping discuter avec un journaliste du coin. J’en profite pour leur glisser un mot sur mon voyage et leur donner une carte. Le journaliste me pose quelques questions sur le Marius tour, et la gérante fait un don de 30 € pour Solidarité Elisa. Mon linge sec, je bâte Marius, qui n’a vraisemblablement pas trouvé d’affinité avec la ponnette, puisque chacun est dans son coin du pré et ils s’ignorent superbement ! Seuls le bouc et le lama du parc voisin sont intéressés par Marius et essaient de communiquer avec lui, qui malheureusement ne comprend rien à leurs bêlements aussi convaincants soient-ils. Je quitte le camping vers midi. 
Je rentre dans Pontarlier, à la recherche d’une pharmacie, que je ne trouverai jamais (pas ouverte en tout cas). J’en profite pour admirer la porte Saint-Pierre, impressionnant emblème de la ville, inscrit aux Monuments Historiques. C’est une copie de la porte Saint-Martin qu’on peut voir à Paris, érigée au 17ème siècle sur ordre de Louis XIV, en l’honneur de ses victoires sur le Rhin et en Franche-Comté. Celle de Pontarlier date de la fin du 18ème, et le campanile, l’horloge et la cloche n’ont été rajoutés qu’à la fin du 19ème siècle, pour raisons purement ornementales. Pensée obligée pour la porte dont-je-n-arriverai-jamais-à-prononcer-le-nom (ndlr : Brandenburger Tor). 

La porte Saint Pierre, emblème de Pontarlier
C’est ici à Pontarlier qu’en 1805, la maison Pernod installe sa distillerie d’absinthe, 73° d’alcool ! A cette époque, les troupes de Napoléon 1er étaient massées vers la frontière franco-suisse, et, au hasard comme par hasard, les distilleries se sont fortement développées. À cette époque, 25 distilleries employaient 3 000 ouvriers, alors que la ville comptait 8 000 habitants. On produisait ici 10 millions de litres par an, soit plus de la moitié de la production mondiale ! L’absinthe était alors un « médicament » bien connu à la campagne, guérissant de tous les maux ou presque…

En 1901, un violent incendie se déclare dans une distillerie au coeur de Pontarlier. Pour éviter que les cuves contenant des milliers de litres d’alcool n’explosent et anéantissent la ville, un ouvrir a la présence d’esprit d’ouvrir les vannes. Le contenu des cuves se déverse donc dans le Doubs, pour le plus grand bonheur, parait-il, des militaires casernés non loin de là, qui ont pu boire la fameuse fée verte à même leur casque ! On dit même que certains se sont jetés à l’eau tout habillés ! Quelques jours plus, la Loue, une autre rivière située à 17 km de l’autre côté de la montagne, s’est mise à sentir fortement l’anis. C’est ainsi qu’on découvrit que la Loue était une exsurgence du Doubs !

En 1915, à cause des ravages qu’elle provoque chez ceux qui en abusent, une loi interdit la fabrication et la vente de l’absinthe, « la boisson qui rend fou ». La maison Pernod s’exile alors dans le Sud, et c’est donc à tort que l’on attribue cette boisson au Midi de la France. 
Après cet interlude matinal de culture générale, je regagne le chemin équestre, en repassant près du camping. Il commence à l’arboretum (le mot savant pour dire jardin botanique) et grimpe pour me faire passer de 900 m à 1070 m d’altitude (je cultive mes mollets). Il débouche sur une vue magnifique et dégagée sur la ville. Le ciel s’ouvre et oh ! Mais il est bleu ! Ça faisait tellement longtemps !
Pontarlier
La grimpette continue sur les chemins, à travers les sous-bois qui m’abritent de la pluie. On passe devant des téléskis, puis à côté d’un centre équestre où des jeunes filles viennent à notre rencontre. On redescend ensuite pour atteindre le Fort Mahler (aussi appelé Fort du Larmont Inférieur). De là, nous avons une vue magnifique sur le Château de Joux, du 11ème siècle et également aux Monuments Historiques, qui est en réalité aussi un fort. Le fort Mahler et le château font partie, avec 2 autres forts, du même ensemble militaire défensif. 


Pontarlier était bien gardée, car à deux pas de là se trouvait la grande route internationale reliant à travers le Jura, la vallée de la Saône et la Bourgogne à la Suisse, les Flandres et la Champagne à l’Italie, les mers froides septentrionales à la Méditerranée. Une situation géographique a de tous temps incité les hommes à fortifier et défendre ce point de passage obligé. La grande voie commerciale qui passe au pied du château se développe à partir du 13ème siècle, lors du renouveau des échanges européens, et devient la route du sel et du monachisme. Elle est également empruntée par les armées qui ont utilisé ce passage naturel à travers la montagne jurassienne depuis l’Empire Romain. 

Le château – fort de Joux

Je descends vers Oye-et-Pallet par une route goudronnée. 2 kilomètres plus loin, je passe un hameau et prends une petite piste dans les bois. La nuit tombe déjà et on aperçoit un chevreuil traverser un champ, face à nous. Immobile, il nous observe et s’en va. Un peu plus loin, on l’entend aboyer, avec ses confères chevreuils. Marius est un peu inquiet, ses grandes oreilles font des tours dans tous les sens ! Il en a pourtant déjà entendu quelques uns ! Arrivés dans un lotissement, à Oye, on s’égare… Je cherche ma route un bon moment, avant d’être contraint de faire demi-tour car arrivé dans un cul de sac. 

Je frappe à la porte d’une maison pour demander mon chemin, et la dame qui m’ouvre me confirme qu’elle ne voit pas beaucoup de cavaliers passer par là.. En revanche, il existe un chemin équestre que je peux rejoindre par la route. Mais j’ai un souci : je suis à court d’eau. Il faudrait que je trouve quelqu’un qui m’en dépanne pour ce soir, pour boire et pour faire ma cuisine. Je suis donc à la recherche d’une chaumière éclairée. Dans une impasse, j’aperçois de la lumière dans une maison ; j’y vais. Comprenant que plusieurs familles habitent dans cette grande maison, je tape à la fenêtre. Des gens sortent : « Wahou, un âne, génial !!! ». C’est un  jeune couple d’Italiens avec qui le contact passe très bien. Lorsque je leur demande de l’eau, ils m’invitent à manger et à boire un coup. Je leur explique qu’il me faut avant tout un endroit pour que Marius passe une nuit convenable. Ils ont un petit terrain derrière la maison, sur lequel ils me proposent d’installer Marius. Une fois dans ses quartiers, nous pouvons à notre tour nous installer à table ! La voisine fournit les pizzas, et on passe une belle soirée à discuter de rando, de changement de vie, de retour à l’essentiel… Lui est frontalier, il travaille en Suisse à 45 minutes de chez eux. Elle, garde les enfants des autres frontaliers du coin. La voisine, elle, refuse par principe de traverser la frontière tous les matins. Les salaires deux fois plus élevés qu’en France et l’augmentation du niveau de vie ne sont pas, pour elle, une raison suffisante pour sacrifier sa vie de famille. Tous, en revanche, s’accordent à dire que la frontière toute proche à fait flamber les prix de l’immobilier, des terrains, des loyers, et même de l’alimentaire ! C’est donc tardivement mais repu et heureux comme après une soirée entre amis que je m’endors sur le canapé du salon.
Tags : absinthegtjjouxmarius tour 2014pontarlier

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