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Chemin de Stevenson 2013

Randonner avec un âne c’est donner un rythme et une âme à la randonnée…

Lorsqu’on évoque le Chemin de Stevenson dans les Cévennes on pense à Modestine, l’ânesse qui a accompagné l’auteur de « Docteur Jekyll et Mister Hyde » durant ses 12 jours de marche. En effet, comme il se trouvait dans l’obligation de bivouaquer et de partir en autonomie faute de ravitaillement sur certaines parties de son chemin, il devait transporter du matériel qui lui était impossible de porter sur son dos. D’où l’idée d’acheter un âne bâté pour lui arrimé tout son attirail. Modestine, c’est ainsi qu’il baptisa la petite ânesse frêle qui « passa à mon service en échange de soixante-cinq francs et d’un verre de Brandy ». Pour l’écrivain, son compagnon de voyage n’était « qu’un accessoire de son matériel de campement ou, si vous préférez, une espèce de bois de lit automatique monté sur quatre pattes ». Il décrivait Modestine en des termes bien peu flatteurs : « Une ânesse en miniature guère plus grosse qu’un chien, d’un gris souris, avec un regard bienveillant et une mâchoire inférieure volontaire. La mâtine avait quelque chose de propre, de distingué, d’élégant sans affectation, qui flatta immédiatement mon imagination »
« Mais Stevenson n’avait aucune notion du maniement de cet animal et il eut toutes les peines du monde à s’en faire obéir. Entre l’homme et l’animal, ce n’était pas le grand amour comme Stevenson en témoigne dans son carnet de voyage. Modestine marche à petits pas ». Une allure qui agaçait l’écrivain. « Elle a de si jolis et petits pas qu’elle arrive à multiplier le temps par trois… » se moquait Stevenson. Pendant tout son périple, il supporte difficilement le rythme tranquille de son ânesse qui « avançait d’un pas trébuchant sur ses quatre petits sabots, avec une sobre délicatesse d’allure ». Il n’hésitait pas à frapper pour la faire avancer :  « Je pris dans la main droite l’impie bâton du commandement et, avec une vigueur tremblante, j’en fis application au baudet. Modestine activa sa marche pendant peut-être trois enjambées, puis retomba dans son premier menuet… ». Et pour la faire avancer l’animal de bât qui lui « paraissait si menue sous la charge », il utilise des méthodes peu reluisantes : « Béni soit l’homme qui inventa les aiguillons ! Béni soit l’aubergiste du Bouchet-Saint-Nicolas qui m’en montra le maniement ! Cette simple gaule, pointue d’un huitième de pouce, était en vérité un sceptre, lorsqu’il me la remit entre les mains. A partir de ce moment-là, Modestine devint mon esclave. Une piqûre et elle partait d’un joli petit trottinement qui dévorait les kilomètres…« . 
Il maltraite tellement son âne que « les deux jambes avant de Modestine n’avaient plus que chair à vif à l’intérieur et du sang sur la queue ». Et malgré cela, il écrit encore : « mon cœur était toujours aussi froid que glace à l’endroit de ma bête de somme ». A Saint Jean du Gard, « Modestine fut même déclarée hors d’état de poursuivre le voyage. Elle aurait besoin d’au moins deux jours de repos, d’après le garçon d’écurie » écrit Stevenson. Mais l’homme est pressé d’arriver à Ales pour son courrier. « Comme je me trouvais à présent dans une région civilisée avec service d’omnibus, je décidai de vendre mon amie et de partir par la diligence de l’après-midi. Notre trotte de la veille, au témoignage du charreton qui nous avait suivi pendant toute la montée du Saint-Pierre, donnait une idée avantageuse des capacités de ma bourrique. Des acquéreurs éventuels escomptèrent une occasion sans précédent. Avant dix heures, j’avais une offre de vingt-cinq francs et avant midi, après un engagement téméraire,  je la vendis, le bât et tout l’attirail, pour trente-cinq francs. Le gain pécunier n’était pas évident, mais j’avais, par ce marché, acquis ma liberté… ».
Modestine s’avérera finalement au terme du voyage un compagnon de route dont la séparation fût douloureuse. « J’avais perdu Modestine ! Jusqu’à ce moment j’avais cru la détester ; mais à présent elle s’en était allée » « Pendant douze jours, nous avions été des compagnons inséparables » « Ses défauts étaient de sa race ; ses vertus étaient bien à elle » « Après l’avoir vendue à mon tour (…) je n’hésitai pas à me laisser aller à mon émotion. »

En ce qui nous concerne, voilà déjà six ans que Marius m’accompagne dans chacune de mes randonnées. Plus de 4000 kilomètres de chemins, de joies, de galères, de rencontres et une évidence aujourd’hui : les sentiers n’auraient pas la même saveur sans lui. Entre lui et moi, la complicité est comparable à celle que j’aurais avec un chien. Dès l’instant où ses repères disparaissent dans les paysages inconnus, je suis son seul repère. D’ailleurs, dès que je ne suis plus dans son champs de vision, il brait, affolé, perdu… Au fil des jours, il devient vraiment plus affectueux, plus doux, plus câlins,… Lorsque la nuit tombe, ils se couchent devant la tente et me salue d’un braiment de ténor lorsqu’au petit matin, je mets le nez dehors…

Alors certes, parfois, il n’en fait qu’à sa tête… Espiègle, il décide de tracer sa route se moquant éperdument de mes appels; facétieux, il change de cap l’obligeant parfois à lui courir après ; fripouilles, il fouille dans les sacs à la recherche de nouvelles saveurs. Mais lorsqu’on le gourmande, comment résister à ses yeux en amandes surlignés de blancs ornés par deux longues oreilles dressées bien haut ?

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