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Chemin de Stevenson 2012

Jour 12/ Que d’eau, que d’eau !!!

Aujourd’hui, la météo annonce de fortes pluies. Je pensais donc être bloqué ici.
Nous en discutons avec Arnaud et interrogeons encore la météo : il semble que l’après midi, ça devrait se calmer. Arnaud me propose de faire la route ensemble pour être plus tranquille.
Et nous partons à 10H… sous une pluie battante!
Le temps de bâter Marius et je suis déjà trempé !!!
Nous commençons par une montée de 10km ( et 300m de dénivelé) vers le col de la Pierre Plantée.
Maintenant, voilà l’orage! ça pète de tous les côtés…très fort par moment…pas très rassurant et on se réconforte avec Arnaud en calculant les probabilités d’être foudroyés !!!
Plus sérieusement, on a vu les cavaliers partir aussi ce matin. Ce sont des gens qui organisent des randonnées, connaissent bien la région, et ils n’auraient pas pris de risques.
Et puis, nous pensons aussi à ceux qui marchaient autrefois sur ces chemins, aux camisards sans doute bien moins équipés que nous ..Ils ont du essuyer des orages, eux aussi et de la neige…ils l’ont fait !
Alors, même trempés, on avance !
 Si nous choisissons la marche pour être en harmonie avec la nature, il faut assumer la nature dans tous ses états, et pas seulement quand elle est clémente. C’est aussi le but du voyage.Sentir, comprendre, apprendre…

Nous parcourons les 5 premiers kilomètres en 1H30, sur un chemin forestier assez large et très inondé.
Marius n’aura jamais vu autant d’eau..mais il s’est vacciné, ou baptisé, je ne sais pas, mais il n’a plus peur visiblement. Pour faire les 10km, nous mettons environ 4 heures. On ruisselle et j’ai l’impression d’avoir les pieds dans des aquariums !!!!
Pas très loin de  la Pierre Plantée, nous voyons un menhir un peu en contrebas. Arnaud a envie d’aller voir de plus près mais moi je reste sur le chemin avec Marius ( trop risqué). Pendant que j’attends Arnaud, je me refroidis. Je suis gelé. Arnaud aussi d’ailleurs. Il part devant en marchant plus vite pour se réchauffer.
Moi je continue au pas de l’âne et je rajoute une polaire.
Arrivés au col de la Pierre Plantée à 891m…C’est un carrefour avec des menhirs dont un est taillé dans du quartz blanc…pas trop le temps de s’attarder et il nous faut redescendre à 255m souvent un peu brutalement.
Parfois, une éclaircie me permet d’apercevoir un paysage magnifique de couleurs… et des parfums qui sont activés par l’humidité de l’air.

 Je commence à avoir faim. Au Serre Lacan, il y a bien un restaurant, mais il est fermé. Je cherche quelque chose à manger dans mon sac trempé…j’avais des tranches de porc..impossible de les retrouver !
Les cavaliers rencontrés au gîte sont là,ils font une pause aussi. Et les voilà qui viennent avec une pomme, des biscuits, s’inquiétant de ma santé…adorables !
Bel esprit de solidarité !
Ils me disent que pour aller à St Jean du Gard, il y a un passage difficile avec des plaques de schiste, mais je vois sur la carte qu’il existe un chemin qui les contourne.
 On mange un bout ensemble puis je repars.
Sur la route est indiqué un lieu qui a été le décor de 3 combats importants au temps des Camisards.
Le chemin de St Germain de Calberte se fait vraiment dans les pas de Stevenson. C’est exactement celui qu’il emprunta, car ce chemin est resté identique depuis le XVII ème siècle. Il s’agit d’un des fameux chemins royaux que l’Intendant du Languedoc fit percer au lendemain de la révocation de l’Edit de Nantes pour mieux surveiller les protestants cévennols qu’il savait remuants. Ce chemin permettait de faire circuler troupes et canons.

A St Germain de Calberte, où un château a été reconstruit pierre par pierre sur un piton rocheux sans aucune route d’accès, je suis surpris par ces maisons bâties sur des terrasses, appelées ici les « bancelles » ou les « faïsses ». Ces terrasses sont soutenues par des murs de pierre qui  barrent les pentes de la montagne.
Stevenson aurait dormi ici d’après ses écrits. 
Dans ce secteur, au hameau de la Fare, dans les années 30, se sont réfugiés des communistes allemands et autrichiens qui fuyaient le régime hitlérien. Il se sont formés en maquis dans les années 40, lorsque la France a été occupée. Ce maquis et le hameau avec, ont été détruits par la police de Montpllier aux ordres de l’occupant. Plus tard, ce sont des résistants français qui ont occupé les lieux. Beaucoup de juifs se réfugiaient ici aussi, dans les bois de châtaigniers, avec l’aide de la population.
La population de St Germain de Calberte a concouru au sauvetage de nombreux juifs. Quatre personnes du village ont d’ailleurs reçu de l’Etat d’Israël,  « la médaille des Justes ».
Les habitants, ici, ont conservé un grand esprit républicain et laïque. Le guide fait remarquer que dans ces lieux, même les propriétaires votent « communistes » traditionnellement !!!

De là, je téléphone à St Etienne Vallée Française pour réserver une place en gîte pour la nuit.
Le propriétaire est gêné de me recevoir car il n’est pas encore prêt pour accueillir des ânes : il n’a pas de parc, pas de pains de sels, pas de foin…Je sens chez cet homme beaucoup d’attention, une vraie démarche d’accueil, ce qui n’est pas toujours le cas dans les gîtes! Il m’arrive de préférer mettre Marius à la longe plutôt que dans le parc de 5m2 qu’on lui propose. Les hébergeurs doivent faire une formation avant de pouvoir accueillir bêtes et gens et être inscrits dans la Charte du chemin de Stevenson.
Il y a des jours où je me dis que certains ont du sécher les cours !!!!

Je rassure ce charmant propriétaire en lui disant que Marius peut passer la nuit  à la longe et j’arrive au « Mas de Stevenson » vers 18H. Les propriétaires sont en effet très attentifs, accueillants, prévenants,ce sont aussi des apiculteurs, ils vont voir plusieurs fois si Marius va bien et n’a besoin de rien…
Comme ils sont installés depuis peu, ils n’ont pas de site mais Marius et moi  recommandons vivement  le  » Mas de Stevenson »  !!!
En arrivant, je suis trempé jusqu’aux os et ce n’est pas une image !!! J’ai pu prendre quelques photos, en profitant des rares éclaircies… Toutes les affaires, dans la sacoche de Marius sont inondées et mon sac à dos est trempé aussi à l’intérieur.
Comment faire sécher tout ça ?
Demain est un autre jour…ce soir, l’ambiance est chaleureuse..et ça réchauffe de l’intérieur !

2 commentaires

  1.  » Si nous choisissons la marche pour être en harmonie avec la nature, il faut assumer la nature dans tous ses états, et pas seulement quand elle est clémente » : J’aime bien cette idée et cela résume bien cette journée.

    Bon courage à vous.

  2. « Sentir, comprendre, apprendre »… ça résume à merveille ce voyage!! Magnifique! Bravo pour ta route et ton investissement, ton désir d’aller vers les autres, de marcher pour les autres, envers et contre tout.
    M R

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