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Chemin de Stevenson 2012

Jour 7/ Aux portes du Gevaudan

J’ai dormi au chaud mais pas si tranquille car Marius était dehors et je sais qu’il n’aime pas quand je suis loin de lui. Aussi je me lève dès 6H pour aller le voir car j’étais un peu inquiet. Je l’entendais braire…

Nous reprenons la route tous les deux vers 9H après le petit déjeuner. J’ai une journée de retard, mais comme dirait Marius : « Qu’est-ce que c’est qu’une journée dans une vie? ». Je prends une photo de la statue en bois représentant Stevenson et Modestine et nous commençons un long chemin un peu monotone, mais facile, sur le plateau, à 1000m, entre les bassins de la Loire et de l’Allier. Je pense à Stevenson qui marchait sous une chaleur  torride tandis que nous, on se gèle  !!! Les marcheurs portent gants et bonnets. Par manque de temps, nous n’aurons pas vu le lac du Bouchet, un lac de cratère, qui se trouve à 1,5km de là.
Parfois, le ciel se dégage un peu et quelques rayons de soleil viennent nous réchauffer.

Nous faisons nos six premiers kilomètres tranquillement, sur un chemin large bordé de champs et arrivons à Landos vers 11h. Landos (et ses environs) est un territoire assez dépeuplé à cause de l’exode rural en 1914 et dans les années 50, des droits à la retraite des agriculteurs…Il y a quand même ici une épicerie, un bar-tabac, une poste, qui desservent tout le canton. On peut voir aussi une église romane très massive, construite ainsi en raison du climat très rude de cette région. Les guides expliquent que l’hiver est si froid que neige et vent provoquent des congères et qu’il n’était pas rare de trouver des voyageurs perdus et morts de froid et de faim sur ces routes, encore récemment…C’est rassurant !!!!

Bon, on continue ? A 3 km de Landos, j’arrive dans le petit village de Jagonas et là , j’ai l’impression que le temps s’est arrêté. Le village est si rustique, la plupart des maisons si anciennes et pas du tout restaurées qu’on se demande si l’ on ne fait pas un voyage dans le temps ! C’est impressionnant !!! Au coeur du village, les habitations sont éparpillées, en ruines, à vendre, fermées…En périphérie, on voit quand même quelques maisons  rénovées….
J’y pense encore en continuant de marcher et je m’aperçois qu’un homme nous suit et nous filme.

Il nous rejoint. C’est un écossais ( encore!), un monsieur d’un certain âge, et avec mon anglais approximatif et son français un peu plus élaboré, nous entamons la conversation. Il me dit que tous les petits écossais connaissent la région pour avoir lu le livre de Stevenson! Il est très gentil et nous avançons ensemble jusqu’à Arquejol où nous nous arrêtons pour manger un morceau. Il fait don de 10€ pour l’association Elisa.

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Pendant que nous mangeons dans un pré, Marius s’est couché et fait la sieste. Je devine qu’il n’a pas du bien dormir cette nuit car il ne me voyait pas. Alors, je le laisse se reposer un peu et attends qu’il récupère avant de repartir.
Dans Arquejol, il y a un petit coin pour accueillir les marcheurs. Il a été aménagé comme une aire de pique nique ouverte, dans la propriété d’un couple. On peut s’installer pour manger et y consommer quelques boissons. Le propriétaire du lieu, qui a créé cet espace, est féru d’Histoire. Il s’occupe du musée de la Bête du Gevaudan et de Stevenson…et édite des ouvrage sur l’Histoire du Gévaudan comme « La Tanière de la Bête » « Sur les traces de la Bête… » qu’on peut découvrir sur ce site.
Il a créé aussi « le sentier de la Bête » un itinéraire de randonnée de 300km, et qui parcourt des lieux historiques et des lieux de légendes, parsemés de gens égorgés, blessés, tués par la Bête ou encore celle de la pucelle du Gevaudan qui aurait blessé la Bête avec une lance…
Des américains, grands randonneurs, qui ont fait ce chemin, l’ont trouvé si magnifique ( « un des plus beaux de leur vie ») en ont même fait un article qui est affiché chez ce monsieur.
Je prends donc un café ici en écoutant ces récits extraordinaires, sur leur terrasse.

A nouveau sur la route vers 16h, j’arrive à Pradelles vers 18h 30.
Les chemins sont très changeants, surtout en couleurs : rouges, gris, verts, tantôt pierriers, tantôt pavés, tantôt terre battue…
On a une magnifique vue sur la vallée et le lac de Laussac (1100 ha), créé par un barrage et servant de réservoir pour soutenir l’étiage de l’Allier et de la Loire. Pour construire le barrage, le village du Vieux Laussac a été englouti.
Il fait  toujours aussi froid par ici : j’ai mes deux polaires et un coupe-vent. Seules les parties un peu encaissées et abritées sont plus clémentes.

Pradelles

Arrivé à Pradelles, qui domine la vallée de l’Allier, je relis un passage de Stevenson :  » Pradelles se dresse à flanc de coteau, très haut au dessus de l’Allier, entouré de riches prairies en pente. J’étais maintenant à l’extrémité du Velay et tout ce que j’apercevais appartenait à un autre pays : le Gevaudan sauvage… »

Je ne comptais pas trop m’arrêter à Pradelles, pour essayer de rattraper l’itinéraire, mais c’est une ville si riche en Histoire que j’y suis resté quand même assez longtemps. Les guerres de religion y occupent une grande place. « Pradelles est une ancienne place forte. Chemin de transhumance entre le Languedoc et le Massif Central, la voie Regordane, fit de la cité un carrefour où se négociait le sel, le vin …, et même des munitions durant les guerres de religion ».  Pradelles est une petite capitale de montagne, rattachée au Vivarais. Dans ses rues tortueuses, de nombreux vestiges racontent son histoire.C’est un site classé, au passé riche. La principale histoire est celle de cette petite fille, Jeanne La Verde, qui a jeté une pierre du haut d’un rempart et assommé le capitaine des assaillant protestants, provoquant la fuite de l’armée.

Gravée dans la pierre, l’histoire de Jeanne La Verde

C’était le 10 mars 1588 et aujourd’hui une porte de la ville, nommé la Verdette en sa mémoire, est ornée de sculptures représentant la scène. C’est en quelque sorte la Jeanne d’Arc de Pradelles !!!!

On y trouve aussi une plaque indiquant « la maison d’Henri IV », un hospice, hôpital routier, extra muros qui au Moyen Âge, accueillait les pèlerins en route pour St Gilles, mis un peu à l’écart pour éviter la contagion…
Et tout en haut du village, sur la bute du Calvaire, une table d’orientation permet de situer les trois régions, anciennes provinces : le Velay, le Gevaudan, le Vivarais et au  loin, le Mont Lozère qui m’attend les jours prochains ! Vous comprenez pourquoi je me suis attardé parmi ces vieilles maisons en pierre de taille grises, magnifiques !
Un seul regret : trop de voitures dans la ville,  qui cachent les monuments et empêchent de prendre des photos.
Pour sortir de Pradelles, c’est un peu compliqué…Je retrouve enfin le GR en passant par la porte sud de la cité: le portail du Besset.
Et me revoilà sur le chemin de St Gilles sur lequel je parcours encore 4 km pour me rapprocher de Langogne.

Derniers kilomètres

Un champ ! Je débâte Marius, je lui donne à boire et son pain de sel, je monte ma tente…Marius se roule un  peu dans le champ et.. se couche près de la tente !! Comme un chien , il monte la garde, rassuré de me voir près de  lui !
On a fait 25km aujourd’hui, sans compter les allers et retours dans les villages…Moi aussi,  je vais me coucher !!!

 

5 commentaires

  1. j’adore les récits et c’est aussi l’occasion d’apprendre l’histoire de notre  » France  » un grand merci..bonne route….. les Bagnolais

  2. Je vous ai cherché à Pradelles samedi soir.
    Je pensais que vous vous feriez héberger par le loueur d’ânes.
    Mince, raté !
    Pfff …

    Sophie –

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