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Nuit bancale dans la tente en pente. Pas trop bien dormi…On campe à quelques centaines de mètres du village, près du collège. Assez insolite. On n’aurait pas fait ça l’an passé.
Serions-nous moins sauvages ? Comme les loups, on se rapproche des lieux habités ! C’est vrai que cette année, on a préféré les refuges et les lieux moins isolés. Pas par peur, mais le parcours ne s’y prêtait pas, ni notre disposition d’esprit …et puis, un petit café au bistrot du coin le matin…c’est pas mal non plus! Ce n’est pas trop difficile de trouver des terrains à proximité de ces villages d’élevages : les espaces verts foisonnent.

Nous rangeons assez vite notre barda. C’est vrai qu’on en a de moins en moins aussi…entre ce qu’on consomme et ce qu’on perd…comme le pain de sel des ânes par exemple. A 9H nous levons le camp en direction du village pour faire des courses et prendre un café. Nous rencontrons quelques personnes, dont une famille d’anglais croisée au gite de Maleval. Ils campaient là – bas et nous nous étions retrouvés au restaurant du gite. Ce matin, ils sont aussi à Pont en Royans. On se suit, mais eux sont motorisés. Joëlle discute avec une dame dans le bar. Elle lui explique que Pont en Royans comptait autrefois 2000 habitants dont 300 personnes employées à l’usine fabriquant des pièces électriques. La plupart des ouvriers ont été déplacés  à St Marcelin. Il ne reste plus que 50 employés ici. Une partie de l’usine a été rachetée par la municipalité qui en a fait un musée : “le musée de l’eau”. La dame dit à Joëlle qu’il y avait  32 bars à Pont à l’époque florissante ! On ne devait pas boire que de l’eau et on comprendra plus tard pourquoi “le musée de l’eau”. Aujourd’hui, Pont en Royans, avec ses 900 habitants, a l’air un peu figé dans le temps. Un petit tour en ville nous fait découvrir ses maisons suspendues, magnifiques,spectaculaires ! Elles tiennent par des poutres de bois ( gare aux termites!), au dessus du vide… et le musée de l’eau, dont la modernité s’intègre bien dans ce paysage. Joëlle discute avec des hollandais ( en anglais). Ils font un don de 10€  et des personnes présentes nous donnent quelques pièces de monnaie.

A 11H, nous quittons le village…comme on rate un peu le chemin, nous voilà sur la  départementale.
Peu de circulation, mais les gens roulent vite et n’importe comment. Dans un virage, un automobiliste nous double alors qu’il arrive un camion en face, frôle les sacoches des ânes. Marius a peur et s’emballe un peu. Je hurle de colère après cet individu qui arrête sa voiture un peu plus loin mais n’aura  pas le courage de venir se confronter à nous. Si nous devons reprendre la route, je vais mettre mon bâton de marche en travers du bât , afin qu’il dépasse sur la route, pour que les voitures gardent leur distance …ou rayent leur portière!

La départementale nous conduit vers Ste Eulalie en Royans. Nous prenons un sentier : goudron, puis terre, puis enclos avec des vaches. Sur la barrière sont posés deux gros pains de sel.  Marius et Bandit en sont privés depuis quelques jours, mais ils compensent en mangeant des feuilles mortes, riches en sels.Comme les vaches sont loin, nous laissons nos ânes leur emprunter un peu de sel…Bandit ne s’attarde pas trop, mais Marius prend plaisir à déguster. Alors une vache s’approche de lui, l’air intrigué…Furieux, Marius, qui n’aime pas être dérangé pendant ses dégustations, lance les sabots, les oreilles rabattues en arrière, signes qu’il est en colère. Et en plus, il fait une sorte de cri très étrange avec le nez…ça, on ne connaissait pas encore! La vache  le renifle très fort, en retroussant ses babines : peut être qu’elle n’est pas contente non plus de cet intrus dans son champ…ou alors, elle n’a jamais croisé d’âne et se demande de quelle espèce il peut être…Je tente de détacher Marius du pain de sel…difficilement…pas envie de partir, le bougre..il a fallu le tirer !!! La vache nous a suivis un petit moment…peut-être était-elle tombée amoureuse de la croupe de Marius…ou bien s’assurait-elle que nous ne reviendrons pas ?  Toujours est-il qu’elle nous a quittés avec un long beuglement!

Le sentier est agréable. On trouve un figuier et on se régale tous. Mon proverbe du jour : “il faut manger les figues quand elles sont  froides” fait bien rire Joëlle. Sous l’effet de la fatigue, il m’arrive souvent de mélanger les mots ! On ne trouve plus de fraisiers sauvages par ici, mais des framboises et des mures. Hier, nous avons fait une ventrée de prunes près d’une maison qu’on croyait abandonnée jusqu’à ce qu’on en fasse le tour et qu’on s’aperçoive qu’elle ne l’était pas !!! Il y a aussi énormément de noisetiers, mais les noisettes ne sont pas encore mures.

Arrivés à St Laurent, nous traversons un zone industrielle, puis passons près d’ un cimetière…pas très gai, mais l’église du village est magnifique. On continue sur un chemin un peu bizarre avec des clôtures et Joëlle a comme l’intuition qu’ on va trouver une barrière, ou des bornes interdisant l’accès au bout…
Pas vraiment, en fait, mais nous devons emprunter un escalier qui descend sous une passerelle. C’est par là que passe notre chemin. Marius et Bandit ne sont pas chauds pour traverser par là, mais à force de persuasion, Marius se lance !

Quelques centaines de mètres plus loin, on s’arrête pour manger et pour débâter nos amis. Il est 15H.
En repartant direction St Jean en Royans, nous entrons dans la forêt de Lente.
Ce chemin que nous avons tracé nous rallonge un peu, mais ça vaut le coup ! Nous sommes sur le chemin des Chartreux, site classé de la Combe Laval, la porte de la forêt de Lente.
Là nous devons vous expliquer une page d’histoire :

C’ est dès le milieu du XIIe siècle que des moines, à la demande du dauphin Guigues V, s’installent dans un vallon sauvage du Vercors. Vivant d’agriculture et d’élevage, ils défrichent la forêt et font construire édifices et voies de communication. Au XVIIe siècle, un haut fourneau est bâti près de la Correrie. Les Chartreux reprennent alors une activité présente dans la région depuis l’époque gauloise : la métallurgie. Ils exploitent 1 400 hectares de forêt pour la production de charbon de bois destinée aux « Martinets» de St-Laurent-en-Royans. Ces énormes marteaux d’une centaine de kilos étaient actionnés par le Cholet. Ils faisaient résonner leur bruit de tonnerre jusqu’en Musan. On entendait alors, sur tous les chemins, les pas des convois et les cris des muletiers.
Les forges se taisent sous la Révolution Française et ne reprennent leur activité qu’en 1818 pour s’arrêter définitivement en 1860. L’activité des Chartreux a profondément marqué la géographie locale et vous pouvez encore admirer les traces de leur passage, le pont sur le Cholet, le chemin de Ste-Marie (le chemin des Chartreux), les boiseries qui ornaient le choeur de la chapelle du Monastère et habillent aujourd’hui celui de l’église de St-Jean-en-Royans, les ruines de l’ancien couvent à Bouvante…Le Pont des Chartreux : l’histoire de ce monument, constitué de tufs à l’entrée du magnifique site de Combe-Laval en passe d’être classé, est riche en anecdotes. À l’origine, il avait une vocation marchande. Les forestiers chargeaient les mulets de bois coupé dans la forêt de Lente. De là, ils empruntaient un chemin de pierres depuis le col de la Machine, pour descendre dans la vallée du Royans. En bout de route, ils empruntaient le pont des Chartreux. Le pont et le chemin des Chartreux furent construits à la même époque que le monastère, vers le milieu du XIIe siècle, à Bouvante. Il constituait le lien, en quelque sorte, entre la plaine et les dures montagnes du Diois, d’où les moines, riches propriétaires fonciers, exploitaient l’immense domaine forestier de Lente…”.

 Ce chemin est magnifique !!! Un endroit merveilleux, plein de cascades, de ruisseaux (on comprend mieux “le musée de l’eau”)…Merveilleux, extraordinaire, magique….un petit paradis! Il faut franchir quelques ruisseaux, mais Marius n’hésite pas trop…Même le chemin est boueux, avec de l’eau qui dégouline en permanence…Marius n’aime pas bien enfoncer ses sabots dans la boue et tente de passer par ailleurs…mais partout, ce ne sont que  sources, ruisseaux, cascades…

On ne regrette pas d’être passés par ce lieu fantastique. Les arbres sont recouverts de mousse, ou de lichens. La végétation semble pétrifiée, avec ses filaments sur les arbres.Quelques explications scientifiques: “pendant leur trajet souterrain, les eaux dissolvent le carbonate de calcium que contiennent les roches calcaires et s’en saturent. Revenues à l’air libre, elles déposent la calcite dont elles sont chargées. Dans l’atmosphère fraîche et ombragée des gorges, les mousses prospèrent aux abords des cascades intermittentes. Elles poussent en épais coussins qui se pétrifient peu à peu sous l’action de l’eau. Ainsi se forment les tufs, superbes et fragiles concrétions aux formes originales bordant cascades et ruissellements.”

Nous quittons la forêt de Lente par un chemin qui ruisselle toujours…que d’eau ! Et nous sommes accueillis par un magnifique soleil sitôt sortis de la forêt. Surprenant car le matin, nous sommes partis sous les nuages..Surprenant aussi, car on a fait 7km et on se retrouve quasiment au point de départ, de l’autre côté du pont ! Mais on avance bien et ce n’est pas grave ! C’est tellement beau !

Avant d’arriver à St Jean, le sentier est bordé d’une rivière magnifique…Nous croisons deux jeunes filles de 12/13 ans dont l’une allait avoir des ânes. Très contentes, elles marchent avec nous, en tenant Marius et Bandit, et en prenant leur tâche très au sérieux, jusqu’au village.
Nous voilà à St Jean en Royans ! Le camping municipal est fermé! Zut ! On se désaltère dans un café et une dame nous indique un lieu pour camper. Là, on retrouve nos amis belges des Baraques en Vercors, qui maudissaient les cartes mal indiquées: on leur demande s’ils se sont perdus… Oui, ils se sont perdus, disent-ils.Une autre dame nous conseille un terrain bien plat près de la rivière.
C’est là que nous plantons la tente ce soir…Nous sommes à 2km du Col de Gaudissart.

Le message du jour : une dame, rencontrée à Pont ce matin , nous a laissé sur la boite mail, ce beau message :
“Je viens de vous croiser au village, en allant acheter le pain et je suis tombée sous le charme de marius et bandit!
Un câlin pour chacun et un moment de “causette” avec ce jeune homme qui vous accompagne, je salue aussi la jeune femme qui marche à ses côtés.
 Ce que vous faites est “beau et grand”, dans mon esprit, la paix ressemble à ça! Gabriel peut être fier de VOUS. ma modeste participation partira sous peu.
Que votre comportement fasse boule de neige, c’est ce que je souhaite, pour le bien de tous.
QQes photos de notre village l’hiver. Bonne route et bon courage.
Mireille”.

Tags : Col GaudissartLes Baraques en VercorsPont en RoyansSaint Jean en RoyansSaint Laurent en RoyansSainte Eulalie en Royans

4 commentaires

  1. cette année je n’avais pas acheté le “roman de l’été ” celui qu’on lit sur une chaise longue en vacances , au soleil…..Pas besoin , je n’aurais pas eu le temps de le lire et j’ai trouvé mieux ! “Retour dans le Vercors ” bravo à la “secretaire ” qui transcrit ce roman . Tous les jours des anecdotes, , des descriptions superbes ,du suspens…(arriveront ils Dimanche?)et en prime , avec une musique dont je ne me lasse pas….avez vous songé à en faire un vrai livre ? (il me semble qu’il y en a un ecrit il y a très longtemps, par un homme, un curé?je ne sais plus , ayant fait un long voyage avec son âne). bon bref , ça sent l’écurie , vous avez mis le turbo maintenant , alors faites attention encore un peu ou vous posez vos sabots ….bon retour , merci et à bientôt …bises…;)

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